Sûreté : pourquoi maintenir l’illusion de la sécurité est une mauvaise idée

Trois mois après les attaques du 13 novembre les mesures de filtrage prises à l'entrée des lieux publics sont demeurées en apparence identiques, mais les habitudes reprennent le dessus. C'est pourtant le piège à éviter : ne pas avoir de stratégie de désescalade et ignorer l'affaissement de ses capacités afin de maintenir l'illusion de la sécurité.

Trois mois à peine après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis, les mesures de filtrage prises dans les commerces et les lieux publics se relâchent visiblement. Vous l’avez probablement déjà observé : si la présence humaine est toujours renforcée, l’attention n’est clairement plus la même : les sacs sont moins souvent ouverts et les vestes et blousons ne le sont quasiment plus. La lassitude des agents de sûreté est visible.

Et comment pourrait-il en être autrement ? Les efforts consentis immédiatement après les événements tragiques de novembre dernier sont colossaux. Ils le sont bien sûr dans la sphère publique à travers l’engagement de nos forces de sécurité. Mais également dans le privé, dont les acteurs du monde du gardiennage ont su mobiliser rapidement les renforts nécessaires.

Mais l’on n’échappe pas au bon sens, et ici le bons sens veut qu’il soit difficile de maintenir dans la durée un effort considérable.

Ansi la lassitude que l’on observe est donc parfaitement compréhensible. Mais le fait qu’elle ne semble pas assumée – et donc gérée – soulève en revanche un problème de fond. Car lorsque tout est important, en réalité plus rien ne l’est.

Ainsi lorsque l’on a l’impression que tout doit être protégé au maximum de ses capacités il est alors impossible de gérer des priorités. Et l’on se laisse dépasser par la situation : les ressources sont mal utilisées, mal déployées, et il devient impossible de faire évoluer la stratégie afin de l’adapter non seulement à l’évolution de la menace, mais aussi à l’usure des hommes et de leur capacité d’attention. 

Le piège, bien sûr, est celui de l’opinion publique et des responsabilités éventuelles en cas d’accident : pour ne pas être pris en défaut il faut maintenir l’illusion de la sécurité, et cela passe par un affichage hélas plus couteux en ressources que réellement efficace. Quel politique ou quel responsable sûreté prendra en effet le risque de réduire volontairement la pression visible alors que la menace est encore dans tous les esprits ? Les critiques seraient immédiates (« la sécurité n’est pas à la hauteur ») et la sanction serait inévitable au prochain attentat.

Pourtant le professionnel, lui, sait très bien que la protection est un marathon plutôt qu’une pièce de théâtre. Les ressources sont limitées, l’intensité et la forme de la menace évolue constamment et il convient donc de savoir baisser la garde pour mieux la remonter. Plus tard, ailleurs…

Bref, le professionnel de la sûreté sait qu’il doit s’économiser. Et il est bien conscient que l’usure et l’habitude sont aussi dangereuses que l’absence de protection.

Le piège, pour lui, est donc de céder à la pression de l’opinion publique, du politique ou de ses patrons. Des « clients » qui exigent l’impossible par manque de connaissances. Car en réalité une sécurité renforcée, permanente et visible n’est ni souhaitable ni réaliste.

A titre personnel je suis ainsi désormais plus inquiet du dispositif que j’observe à l’entrée de mon supermarché, toujours aussi renforcé et aussi visible aujourd’hui qu’il ne l’était en décembre dernier, mais dont les principaux acteurs sont maintenant clairement blasés. Car j’imagine que ce dispositif, parfaitement justifié en décembre, ne sert désormais qu’à prouver que des mesures sont prises, sans pour autant répondre à une exigence stratégique inscrite dans la durée.

Je préférerais largement observer un dispositif plus léger mais plus dispersé et plus mobile, y compris bien en amont de la zone à contrôler (lire notre article « Quelle stratégie adopter face à la menace d’intrusion armée par force ? » pour des exemples d’approches en la matière).

Car lorsque l’on maintient ainsi un effort considérable dans la durée, en laissant s’émousser de précieuses ressources, qu’adviendra-t-il lors de la prochaine attaque, lorsqu’il faudra à nouveau les mobiliser dans l’urgence ?

N’oublions donc pas que la sécurité est un marathon. Elle se gère dans le temps et dans le cadre d’une stratégie globale. Et soyons surtout de bons communicants pour l’expliquer à nos dirigeants…  

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