Facebook, ce très discret champ de bataille

On a déjà beaucoup écrit au sujet de ce qui est devenu le « Facebookgate » : l’utilisation par la société Cambridge Analytica d’informations collectées sur les profils Facebook d’utilisateurs américains afin de tenter d’influencer leur vote durant la dernière élection présidentielle américaine.

Mais l’un des enseignements majeurs de cette affaire, à mon sens, est le rôle de « champ de bataille » – au sens propre du terme – joué par Facebook.

Souvenez-vous : l’on avait suspecté à cette époque la Russie de tenter de manipuler les résultats des élections américaines à l’aide des fameuses « Fake News » (dont j’attends toujours une définition solide, accessoirement) relayées, notamment, sur Facebook. Et l’on apprend donc désormais qu’au même moment le « camp d’en face » faisait exactement la même chose à l’aide de publicités ciblées ! Sur le même terrain de jeu public, à l’insu de tous. Facebook serait presque devenu le nouveau Berlin-Ouest !

Et cette analogie du champ de bataille n’est pas anodine : la société Cambridge Analytica a été créée afin d’introduire à l’ère du Big Data une méthodologie militaire bien connue : la guerre de l’information. Un excellent article du Guardian en parle d’ailleurs mieux que moi : « [Cambridge Analytica was created] to bring big data and social media to an established military methodology – “information operations” – then turn it on the US electorate, for what Mueller confirmed last month was “information warfare”.

Et ça ne date pas d’aujourd’hui. Il y a onze ans déjà, en 2007, des psychologues qui avaient créé un test de personnalité en ligne proposaient aux utilisateurs d’en obtenir les résultats en connectant leur compte Facebook à l’application. Ce qui permettait alors aux scientifiques d’associer un profil psychologique complet aux likes de ces utilisateurs. Je vous laisse la joie de découvrir par vous-même dans l’article du Guardian évoqué ci-dessus pourquoi cette étude a intéressé un certain nombre de services de renseignement et pourquoi elle a été rapidement rebaptisée « Opération KitKat ». Cela vaut le détour !

Et l’ironie dans tout ça est que les utilisateurs concernés ont fournit gratuitement et volontairement toutes les informations nécessaires. C’était définitivement un plan génial (bien que les actionnaires de Facebook puissent ne pas être entièrement d’accord…)  

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